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Thuriès
Gastronomie Magazine
Septembre 2002
Rencontre
avec
Alexandre
&
Vincent Vandelle
Château
de l'Etoile
sur l'appellation l'Etoile
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Les couleurs d'un relief
Le
vignoble du Jura semble rester hors du temps, hors des modes
qui bouleversent et agitent le monde du vin. Nous avons une
affection particulière pour cette région. Elle
a su garder tout son caractère au travers de ses terroirs,
de ses cépages originaux, des modes d'élevages
même. Les meilleurs vins se distinguent immanquablement
parce qu'ils restituent toutes les odeurs et les senteurs
du «Revermont» : une mosaïque de couleurs
pour un éventail de goûts, pourrions-nous dire.
Ici, c'est la patrie du cépage savagnin. Il compte
parmi les plus intéressants de la planète et
peut-être est-il aussi l'un des plus déroutants.
Sur les grands terroirs marneux il donne au vin un profil
racé, ample et très typé. Une fois apprivoisés
et compris les vins du Jura restent dans notre «affectif».
Notre mémoire du goût s'en trouve enrichie d'insolite
façon. Du somptueux vin jaune en passant par les vins
tranquilles traditionnels, le crémant ou le rare vin
de paille, ils ont tous du relief comme les contrées
qui les ont vu naître. Loin des standards internationaux
ils gardent toute leur spécificité et c'est
tant mieux. Nous avons rencontré Alexandre et Vincent
Vandelle au Château de l'Étoile. Avec leurs parents
ils contribuent au rayonnement de cette minuscule et très
attachante appellation. Entre caves odorantes et terroirs
pentus, visite au cœur d'un vignoble authentique. |

Le
château est juché au sommet d'une colline,
le «Mont Muzard» d'où les vignes descendent
en un flot continu.
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Comment
se rendre au Château de l'Étoile ? |
Quittez
la nationale 83 à quelques kilomètres
de Lons-le-Saunier, passez le petit village de l'Étoile
et grimpez l'étroite route en direction du château
(la route est fléchée). |
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Une «étoile» au firmament des A.O.C. du
Jura
À
peine 80 hectares en production exclusivement dédiés
à la gloire du vin blanc ; un terroir de marnes fortement
vallonné, beau comme une carte postale ; des vins au
«goût de terroir» souvent amplifiés
par des élevages «sous voile» ; des vignerons
très attachés à leur culture ; voilà
ce qui caractérise l'A.O.C. l'Étoile ! Vins
blancs, vins de paille, vins jaunes et mousseux s'y sont forgés
une solide réputation : cette étoile-là
n'est pas filante mais bien accrochée à la «voie
lactée» jurassienne au côté de la
prestigieuse appellation Château Chalon dont la géologie
est presque identique. Pourquoi l'Étoile ? Trois raisons
peuvent être avancées. Le village est entouré
de 5 collines formant les branches d'une étoile. Il
pourrait également s'agir d'une référence
aux 5 châteaux présents aux alentours ou encore
parce que les vignes recèlent par endroits d'originaux
fossiles en forme de rosaces à 5 branches. Ces sections
de tiges d'encrines sont les vestiges d'antiques échinodermes
qui ressurgissent sous les outils du vigneron.
Vous voici donc chez Georges et Béatrice Vandelle face
à cette originale et élégante bâtisse
acquise en 1883 par Auguste Vandelle. Plus tard, c'est Joseph
Vandelle qui va privilégier «l'axe» vigne
au détriment de la polyculture. Il sera l'homme clé
du domaine tout comme Georges, son fils. Depuis plus de trente
ans celui-ci veille à la bonne santé des vignes
et élabore une large gamme de vins. La venue d'Alexandre
et de son frère Vincent au domaine apporte du sang
neuf, une vision complémentaire, enrichissante. Chacun
trouve naturellement sa place. Béatrice, l'épouse
de Georges, gère la partie administrative et son sourire
fait merveille au caveau de dégustation. Alexandre
épaule son père pendant les vinifications mais
s'attache plus particulièrement à la conduite
du vignoble. Sa formation «viti-œno » à
Beaune, ses études préalables (Bac sciences
et technologie de l'agronomie et de l'environnement), les
deux années passées sur le terrain en Bourgogne,
constituent des bases solides. Il sera le prolongement direct
du savoir-faire familial. Lourdes responsabilités,
certes, mais Alexandre a du caractère et beaucoup de
volonté: «J'aime les difficultés»,
nous confiait-il. Vincent, trompettiste professionnel, a dû
accidentellement quitter le monde de la musique. Il a tout
naturellement rejoint le noyau familial pour venir jouer la
mélo¬die du vin. Son dynamisme et ses idées
sont mises au service de la partie commerciale et de la commu¬nication.
«Dans la façon de faire le vin nous voulons être
le plus traditionnel possible. En revanche, nous voulons mieux
communiquer et de façon moderne», souligne-t-il.
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Vincent (à gauche) et Alexandre
assurent
la continuité dans le renouveau.
L'avenir du château passera par leur savoir-faire.
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Caves séculaires
et ceinture d'or
pour le «Mont Muzard»
Le
château dans sa partie centrale relève de l'histoire
très ancienne. Dans ses entrailles, les caves de pierres
(XVIIè siècle) constituent de parfaits réceptacles
: température fraîche et constante, hygrométrie
idéale, obscurité... Tous les vins blancs y
séjournent plus ou moins longtemps en barriques anciennes,
sans aucun ouillage (ajout régulier de vin de même
qualité dans la barrique pour compenser l'évaporation).
Les fameux vins jaunes, bien entendu (voir T.M. n° 128
- p. 88), toujours plus de 6 ans, mais aussi les vins destinés
aux autres cuvées. Cet élevage «sous voile»,
cette oxydation ménagée, c'est non seulement
l'empreinte culturelle d'une région, mais c'est aussi
la signature du Château de l'Étoile. Alors qu'une
tendance à travailler, à élever les vins
en barriques neuves se développe ici ou là,
les Vandelle font de la résistance et leurs «blancs
typés» comme on les appelle généralement
dans le Jura reflètent leur fidélité
à cette antique forme d'élevage. Le château
coiffe la colline appelée «Mont Muzard».
Celle-ci est ceinturée sur ses flancs est, sud et ouest
par les vignes du domaine qui des¬cendent en cascade.
Par endroit la pente est très marquée, la déclivité
importante. C'est ce qui pose entre autre le problème
récurrent de l'érosion en partie résolu,
il est vrai, par l'enherbement. Cette «ceinture d'or»
est essentiellement constituée de chardonnay et de
savagnin complétés par un soupçon de
poulsard et de trousseau. Au total, ce sont 15 hectares tous
plantés sur l'aire d'appellation l'Étoile. Seuls
les vins blancs peuvent bénéficier de ce nom.
Les vins rosés et rouges revendiquent l'A.O.C Côtes
du Jura.
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Les caves séculaires renferment
bien des secrets.
les vins y mûrissent avec lenteur dons la quiétude
et la pénombre.
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À la gloire
du chardonnay
Nous
ne reviendrons pas sur les grandes qualités du savagnin
si à l'aise en son fief. Le mariage terroir-cépage
est consacré. Les fameuses marnes grises lui sont propices.
Il ne faudrait pas oublier le chardonnay (le cépage
le plus planté du Jura) acclimaté depuis le
Moyen Âge. Il s'est adapté de remarquable façon.
Alexandre insiste sur son potentiel, son élégance
et la marque du terroir qu'il acquiert ici jusqu'à
concurrencer l'expression du savagnin. Il est vrai qu'élevé
«sous voile» et né sur ces terroirs largement
marneux, il se voit transfiguré de noble et remarquable
façon. La famille Vandelle est ardente supportrice
du chardonnay que l'on retrouve dans le crémant du
Jura et le vin de paille. Comme bon nombre de vignerons du
secteur ils savent aussi élaborer des vins effervescents.
Une corde de plus à leur arc qui se transforme ainsi
en véritable harpe! Car la bulle on la fait pétiller
au château depuis plus de 60 ans. Il faut savoir que
les mous¬seux de l'Étoile se sont assurés
un certain renom. L'A.O.C. l'Étoile Mousseux disparaît
au profit de la seule A.O.C. Crémant du Jura. Les règles
de production et d'élaboration sont plus strictes et
le résultat à mon goût plus affiné
mais la nostalgie est ressentie par de nombreux producteurs
et consommateurs.
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A l'heure des vendanges sous le soleil…
de l'Étoile.
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Cultiver ses différences
La
moitié des ventes du Château de l'Étoile
se fait au caveau, sur place. Un nombre toujours grandissant
de visiteurs franchit allègrement la montée,
un peu plus près des étoiles, jusqu'à
découvrir ou redécouvrir des vins sincères,
rares et pleins de caractère. Là, ils savourent
pleinement ces trésors insoupçonnés fruit
d'un travail familial assidu. Ils percevront cet attachement
du vigneron à toute une région que nous aimons
parce qu'elle sait cultiver ses différences.
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La dégustation réalisée au Château
de l’Étoile
La
famille Vandelle exploite aujourd'hui 15 hectares essentiellement
répartis sur les versants est, sud et ouest du «Mont
Muzard». Les terroirs, souvent très pentus, sont
constitués de marnes grises, rouges ou noires du jurassique
supérieur (Lias) et de calcaires à entroques.
En dehors de l'enherbement appliqué sur certaines parcelles,
les modes de culture sont traditionnels, les vendanges réalisées
à la main. Le cuvier est situé à part
dans un bâtiment où tout se fait par gravité
sur 3 hauteurs. Il y a un monde entre la modernité
de l'équipement œnologique (pressoir pneumatique,
batterie de cuves inox thermo-régulées...) et
le mode traditionnel d'élevage dans les caves ancestrales
situées sous le château. Côté vinification,
rien de bien particulier à souligner, les blancs font
la fermentation malolactique et les vins rouges font l'objet
de remontages et de pigeages alternés et d'un élevage
exclusivement mené en cuves jusqu'à l'été
qui suit la récolte. Quant aux vins blancs ils sont
tous élevés en barriques de façon plus
ou moins prolongée selon leur capacité, d'un
fût à l'autre, à prendre «le voile»,
à acquérir un style : «Ce n'est pas le
temps qui compte le plus. Nous recherchons un goût,
une expression et d'une barrique à l'autre, les réactions
sont très différentes. Nous composerons nos
assemblages en puisant ici ou là, en temps et en heure,
jusqu’à ce que ce que la partition nous satisfasse»
précise Alexandre. En ce qui concerne les vins «spéciaux»,
nous évoquerons rapidement leur mode d’élevage
spécifique. Soulignons que ces caves très anciennes
répondent à un environnement naturel bactérien
et levurien bien particulier. Il contribue à la réussite
d’un mode d’élevage ou la prise de risque
est réelle.
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Côtes du Jura rosé «Poulsard» 1997
Ce
franc-comtois a la particularité de posséder
une pellicule mince et peu colorée. Il donne des vins
souvent à la frontière du rosé et du
rouge. Il a dit-on un profil «féminin».
Celui-ci, dans sa simplicité, présente une robe
cuivrée, légère, un nez typé où
l’on décèle des fruits rouges confits,
des notes de poivre, tandis que la bouche ronde et gourmande,
bien que peu persistante, remplit son «contrat plaisir».
À maturité, servez-le sur un Jésus de
Morteau aux pommes de terre et toutes les charcuteries délicieuses
du secteur. |
L'Étoile «Chardonnay» 2000
Cette
mise permet d'appréhender en douceur le style particulier
des vins secs du Château de l'Étoile. Après
4 mois environ d'élevage, ce chardonnay développe
de jolis arômes de pomme verte, de miel et de fleurs
printanières. Gras et vineux, sec mais bien enrobé,
il balance entre force et légèreté et
présente une belle longueur. Il accompagnera un poulet
à l'estragon, une truite au lard et toutes sortes d'entrées
(escargots, grenouilles...). À boire d'ici 2 ou 3 ans. |
L'Étoile «Chardonnay» 1999
Ici, l'élevage «sous voile» est plus poussé.
La robe or brille de tous ses feux et le bouquet intense restitue
ce caractère si particulier à bon nombre de
vins blancs du Jura: pomme au four, curry, muscade, feuille
de noix, fruits secs, dans un ensemble complexe. La bouche
superbe campe sur sa minéralité, son équilibre
est nerveux et la rémanence de son goût relevée
par une touche «rancio». Voici un grand vin typé,
représentatif du domaine. À servir autour de
13° C. Son caractère permet de belles associations
avec les volailles de Bresse à la crème, un
ris de veau aux noix, une truite fario cuisinée avec
le même vin.
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L'Étoile «Cuvée des Ceps d'Or» 1998
Fruit
d'une sélection attentive, 100 % chardonnay... Robe
or, soutenue et brillante. Bouquet élégant et
complexe de noisette, écale de noix, épices
orientales. La bouche ample, longue et corsée est relevée
par une belle acidité, de la minéralité.
C'est une cuvée de caractère, d'excellente garde
(autour de 10 ans). À servir avec le même type
de mets que pour le précédent sans oublier un
homard à l'américaine, les fromages du cru... |
L'Étoile «Vin Jaune» 1992
À
l'issue d'un très long élevage, le millésime
1992 s'avère remarquable. Il a de la finesse, un bouquet
de fruits secs (noisettes, noix) rehaussé de notes
balsamiques, de vanille. Tout en subtilité il envahit
le palais par son gras et sa grande longueur. J'ai tendance
à le préférer au 1993 plus puissant.
Les accords classiques lui conviendront: poularde aux morilles
et à la crème, veau aux champignons, comté
bien affiné... |
L'Étoile «Vin de Paille» 1997
Six
semaines minimum de passerillage sur claies ou en suspension,
18 mois minimum d'élevage sous bois et 3 ans de vieillissement
obligatoire à compter de la date de pressurage, les
règles du décret sont strictes. Ce vin de paille
est issu du chardonnay à 90 %. Le reste est un cocktail
des autres cépages. C'est un vin rare, de plus en plus
recherché, un vin pour les grandes occasions, un vin
de convalescent, comme on dit ici. Sa robe huileuse se teinte
d'ambre clair. Le bouquet évoque logiquement les raisins
secs puis l'abricot le cacao. La bouche est liquoreuse sans
être pâteuse. Elle offre un bon équilibre.
À goûter pour lui-même ou en compagnie
d'une tarte aux figues et sa glace aux raisins, d'un bleu
des Causses, d’un foie gras aux abricots. Il est surtout
un merveilleux vin d'amitié, à partager. Son
prix est justifié : faible productivité, long
élevage, nombreuses contraintes. Je n'oublierai pas
le crémant du Jura brut au caractère élancé
et crémeux, très réussi, ni le Macvin,
ce délicieux vin de dont les abbesses de Château
Chalon avaient le secret. Au Château de l'Étoile
on sait aussi bien élaborer l’un comme l’autre.
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L’appellation
l'Étoile à la loupe |
Avec
ses 80 hectares en production, l’A.O.C. l'Étoile
constitue une petite entité répartie sur
les communes de l'Étoile, Plainoiseau, Quintigny
et Saint-Didier dans le département du Jura.
Consacrée A.O.C. par décret du 31 juillet
1937, elle ne concerne que les vins blancs. Le chardonnay
(ou gamay blanc), le savagnin et le poulsard sont autorisés.
Le savagnin seul sert à l’élaboration
des vins jaunes. Les rendements de base sont de 60 hectolitres
à l’hectare pour les vins blancs, de 20
pour les vins de paille. Une quinzaine de vignerons
exploitent ces terroirs en coteaux. 3800 hectolitres
de vin ont été produits en 2000. |
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